Tu m'avais confié avec une sincérité troublante ce fantasme qui te permettrait, pour quelques heures, de te glisser dans la peau
d'une femme.
Ainsi, suis je devenue cette créature démoniaque, ce succube ensorceleur qui, la nuit venue, troussait tes songes afin de te
révéler les arcanes de l'érotisme féminin.
Et sur ce lit aux merveilles, ton corps mâle se transmutait inexorablement tandis que j'abordais avec une concupiscence gourmande
cette voie secrète au défilé sombre de tes reins.
Je t'embrasais de mon désir et mes doigts agiles te fouissaient en langueurs pénétrantes.
Souviens toi comme tu sentais ce fleuret tactile te conquérir, inexorablement, à petits coups mouchetés avant de te déflorer ;
définitivement...
Tu étais tout : mes seins, mes hanches, mes reins mon ventre et ce corps entier bouleversé, cette dérive infinie entre
possession et dépossession...
Moi, cambrée au dessus de toi, je te regardais distiller cette douce violence ponctuée de soubresauts et de
soupirs.
Et que dire de ton regard ... Ah ton regard ! Comme il devait alors ressembler au mien dans ce chavirement quand s'allument
les soleils noirs d'une constellation si lointaine...
Et puis, soudain, il y a eu ce cri de conversion à l'extase qui te clouait au pilori de la jouissance concave.
Alors seulement, il t'était donné de ressentir, incrustée jusque dans la mémoire cellulaire, l'empreinte indélébile de cette double
possession du cœur et du corps.
Je t'aime comme l'homme que je ne suis pas...
Je t'aime comme la femme que je suis...
Je t'aime de cet amour réconciliant les genres en d'étranges noces androgynes...
(Elise)
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