Pluie et bourrasques de vent contrarient toute velléité de sortie mais je connais un remède souverain pour oublier cette météo boudeuse : un bon petit repas à base de recettes simples et savoureuses. Bientôt, la cuisine bouillonne dans un bouquet de noix muscade, thym, laurier, cannelle et vanille : autant d’odeurs processionnaires que de péchés gourmands. Tandis que je m’affaire, tu dresses la table et sers un splendide vin de garde dont la robe rubis est déjà une invitation au voyage…
Une, deux, trois, quatre sonneries stridentes viennent disloquer l’harmonie de ce microclimat.
Tu me lances un regard agacé ; je t’interpelle d’un sourcil interrogatif : à l’évidence l’un de nous a oublié de brancher le répondeur !
- « Vas-y » me souffles-tu sur un ton de reproche.
J’essuie à la hâte mes mains sur le tablier et cours vers l’objet du délit.
Dès le premier « allô » je reconnais le timbre grave de cette voix surgie d’un lointain passé : un amant de jeunesse, devenu cet ami intermittent qui m’appelle parfois et, au prétexte de prendre de mes nouvelles, en profite pour me raconter avec moult détails pimentés ses frasques amoureuses…
Plaisante dans les premières minutes, la conversation tourne vite au monologue.
Tu m’as rejointe et tu pointes un menton curieux du style : « Qui est-ce ? »A peine t’ai-je soufflé l’identité du trublion que ton regard s’assombrit et ton poignet qui mouline l’air me signifie d’abréger la conversation. Je réprime à grand peine un fou rire et me toque soudain de l’envie perverse de prolonger la liaison téléphonique.
Je n’ai pas soupçonné un seul instant la manœuvre : Voilà que tu t’invites sans ambages dans mon dos et que tu commences à dénouer lentement la ceinture de mon tablier.Puis, dans une caresse électrisée, tes doigts escaladent mes jambes gainées de nylon.
- « Allô …Allô ! Tu m’écoutes ? »
- « Oui … Oui » dis-je au prix d’un gros effort pour me recentrer sur cette voix dont la présence devient quelque peu aléatoire…
Je m’arque en pestant contre cette jupe qui m’empêche de m’ouvrir à toi.
- « Tu es toujours là, dis ? »
Toute mon attention se focalise alors sur l’ambiguïté de la situation qui entrelace cette voix de l’ombre aux sensations épidermiques ; détonnant cocktail où le virtuel s’agglomère au réel…
Tandis que ma main gauche s’agrippe au combiné téléphonique, ma main droite tente nerveusement de remonter, à grands assauts de déhanchements, la jupe récalcitrante. Je parviens enfin à me libérer de cette gangue et, la taille ceinte d’un bourrelet de tissu, je bascule mon bassin pour mieux t’offrir ma croupe provocante.
Pour seule réponse, un fatras insensé de sons signe ma présence en dérive…
La tête me tourne, mon cœur bat la chamade et mon sexe à l’unisson palpite d’un désir rouge luisant. Tu musardes sur mon corps qui t’appelle, te hèle, te sollicite et t’exige dans cet empire des sens dont tu es le promoteur.
Et toi, tu joues à me faire languir en promenant une langue pointue sur ma peau exaspérée.
Mon corps chancelle. Je lâche le combiné qui retombe sur le guéridon avec un bruit mat.
Reins cambrés, mes mains dans mon dos se hâtent à ta rencontre. Impact sur la braguette de ton pantalon, ricochet de mes doigts sur ton sexe durci.
J’ai une envie folle de toi : absolue, urgente, indécente.
Un éclair de conscience me souffle de raccrocher le téléphone mais je n’en fais rien.
Un cri de plaisir, primal et animal jaillit de ma gorge lorsque tu t’enfonces en moi avec une lenteur calculée qui me cloue au bord du gouffre jouissif. J’essaie de t’agripper pour que tu restes ainsi, enfoui au plus profond. D’autorité, tu écartes mes mains et tu te retires afin que j’éprouve encore plus par le vide, ce manque de toi.
Vigie de mon plaisir supplicié, ton sexe érigé à l’orée de mon sillon me fait crier cette faim de toi qui me brûle tout entière.
Alors, tu m’empales si fort que la tigresse que tu déchaînes en moi hurle tous ces mots obscènes que ton tison m’arrache au ventre.
Tu m’as offert un orgasme tellurique…
Je refais surface et aperçois le combiné gisant sur le flanc. Instinctivement, j’en porte l’écouteur à mon oreille.
A l’autre bout du fil, une respiration forte et convulsive…
puis un silence lourd suivi d’un déclic sec.
« Il » vient de raccrocher et toi,
Tu me regardes avec un drôle de sourire …
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